Pourquoi peut-il être important de valoriser un collaborateur qui se surestime ?

Ecrit par Emmanuel Herbreteau

Publié le 09 mars 2017

Vous vous souvenez peut-être de cette devinette que racontait Coluche dans son sketch « Le belge » : « Vous savez comment faire fortune ? Achetez un français au prix qu’il vaut et revendez-le au prix auquel il s’estime ! ».

Nous sommes parfois assez démunis et parfois assez agacés par un collaborateur qui se surestime. Si cela ne constitue pas un problème immense pour un manager, cette surestimation est souvent source de difficulté relationnelle.

Que risque-t-il alors de se passer pour moi, son manager ?

Réflexe classique : Ne pas se laisser faire !

D’abord l’agacement risque de m’amener à contester l’estimation si fausse que ce collaborateur me propose pourtant d’accepter (l’effronté !).

Malgré cette première sommation, il soutiendra probablement encore son propre point de vue. Je risque bien de développer des arguments de plus en plus précis et factuels pour démontrer le bien fondé de MON propre point de vue. Et, de fait, de hausser légèrement le ton, ou de parler un peu plus ou un peu plus vite que lui…

Ou alors, j’opterai pour la stratégie nucléaire : L’argument massue qui écrasera cette surestimation insupportable.

J’ai aussi la possibilité de considérer que ce collaborateur fait exprès de jouer la surestimation ! Doublement effronté !

Décision immédiate – mais c’est lui qui l’a cherché – du doublement de la stratégie nucléaire : Je le convoque et je déroule l’argument massue, puis immédiatement après les arguments supplémentaires et je termine par une petite remarque sur ce comportement inadmissible en entreprise !

Non mais !

 

Je vous laisse réfléchir à l’effet de l’un ou l’autre de ces comportements :

  • Sur le collaborateur : son moral, son degré de conviction, sa compréhension et au final sur l’atteinte de votre objectif
  • Sur votre image managériale : Ok, vous êtes le plus fort et ok vous ne vous êtes pas laissé marcher sur les pieds. Mais à part cela, apparaissez-vous comme un meilleur manager ?

Pas très satisfaisant n’est-ce pas ? Alors je vous propose un autre regard.

Réflexe plus efficace : Réagir et être juste !

Portez tout d’abord un regard sur vos émotions d’agacement, d’énervement. Bien sûr elles sont naturelles et loin de moi l’idée de vous dire : Mais calmez-vous ! Cela n’a jamais servi à rien de dire cela.

Il est plus simple de les considérer pour ce qu’elles sont : Un signal et une énergie. Le signal que vous n’êtes pas d’accord et l’énergie de ne pas laisser dire. Partez de là, c’est déjà très bien.

Ensuite, un regard sur votre réaction. Le problème principal de votre réaction « sous agacement » était de vous concentrer sur la partie « Surestimation » pour la ramener à son juste niveau : 0. Ce faisant vous avez, comme on dit, jeté le bébé avec l’eau du bain : plus vous vous axerez sur la surestimation, plus vous ferez chou blanc.

Un collaborateur qui se surestime fait deux choses à la fois : Il s’estime ET se sur-estime. Et à ne parler QUE de la surestimation vous avez nié ses vrais résultats et ses vrais efforts…

  • Non, elle n’est pas la collaboratrice la plus professionnelle du service, mais oui, elle a été efficace lors de la réunion client de lundi
  • Non, il n’a pas été le meilleur vendeur du trimestre, mais oui il a fait 800k€ de ventes

Comme vous avez cette petite pointe d’agacement qui vous pousse à réagir, alors réagissez avec vos émotions ! Mais veillez absolument à rester juste avec votre tête.

En l’occurrence, rester juste veut dire :

  • Reconnaître et dire au collaborateur, à la collaboratrice ce qui est réel et vrai (la partie où il s’estime, quitte à en parler même s’il/elle ne le fait pas)
  • ET dire que vous n’êtes pas pour autant d’accord avec la partie surestimée.
valoriser collaborateurs

 

Rester juste implique aussi de parler autant de la partie estimée que de la partie surestimée.

Rester juste signifie aussi de ne pas vouloir gagner à tout prix ou ne pas perdre face à ces collaborateurs aux ego démesurés, tout simplement parce que ce n’est pas le sujet.

Vous êtes un(e) professionnel(le) et en face de vous vous avez un(e) autre professionnel(le).

Tentez cette approche à la prochaine occasion, quitte à ne pas réagir tout de suite et à prendre quelques minutes pour noter l’émotion, mais aussi 1 ou 2 points avec lesquels vous pouvez être d’accord et 1 ou 2 avec lesquels vous n’êtes pas d’accord.

Cela vous permettra de garder le sourire pendant l’échange à venir.

Si cela peut vous aider, appuyez-vous sur la méthode DESC décrite récemment dans l’article « Méthode DESC : Comment formuler un désaccord ou une critique avec assertivité ? »

Par exemple :

D : Quand je t’entends dire « je suis le top du top ! »

E : Je me sens partagé car tu as effectivement de bons résultats même s’ils ne sont pas les meilleurs

S : J’aimerais que nous en discutions

C : Nous pourrons ainsi regarder ensemble ce qui te permettra d’obtenir les meilleurs résultats !

 

Pour aller plus loin dans vos démarches d’écoute et d’assertivité envers vos collaborateurs, Pilotis accompagne les Managers et les opérationnels dans des formations sur la relation à l’autre pour générer de la bienveillance au sein des équipes. Découvrez nos prochaines formations et contactez-nous pour bâtir ensemble le programme adapté à vos besoins.