Les pensées stressantes en question

Ecrit par Stéphanie Peschard

Publié le 22 octobre 2019

Avez-vous dans votre quotidien au travail déjà vécu l’expérience de vous être préparé à une situation de défi  une situation qui nécessite que vous sortiez de votre zone de confort ? : une prise de parole en public, un entretien, un rdv client, une situation où vous devez dire non, poser une limite, exprimer votre désaccord  ou tout simplement une situation inhabituelle qui nécessite de se positionner différemment, avec ouverture et créativité. Et puis, vous sentez monter à l’intérieur de vous une tension, une agitation, une nervosité (liée à un désir de bien faire, d’être à la hauteur, …)

Vous accolez à cet état intérieur le mot « stress ». Qu’en est-il exactement ?


Avez-vous remarqué à ces moments-là une petite voix qui résonne à l’intérieur de vous ?

 

« je ne suis pas à la hauteur », « je ne vais pas y arriver » ?,

« Que va penser X si je dis ça ? Il va m’envoyer bouler » « je n’ai pas les compétences », « je ne suis pas assez ceci ou pas assez cela »  etc…

Cette petite voix reflète nos pensées automatiques qui sont déconnectées de la situation présente. En effet, au cours de nos expériences passées, nous avons forgé des croyances erronées sur nous-mêmes, sur les autres et sur le monde. A partir de ces croyances, émergent de manière automatique et immédiate des pensées involontaires, non contrôlées, qui donnent une vision subjective de soi et des autres, dé-corrélées de la situation présente. Elles peuvent prendre la forme d’un critique intérieur, parfois virulent, suscitant une réaction émotionnelle susceptibles de nous inhiber fortement, nous coupant de nos ressources.

Je constate, étant depuis plus de 15 ans la coach et la formatrice de nombreuses femmes en entreprise –  collaboratrices, cadres, managers, de niveau d’expérience variés et appartenant à des générations différentes, que cette petite voix parasite même les plus accomplies et confiantes des femmes.

Bien sûr ces petites voix critiques touchent autant les hommes que les femmes, c’est un phénomène humain. Cependant, j’observe que les femmes peuvent être plus sujettes aux effets de ce critique intérieur, éprouvant plus de doutes en ce qui concerne les compétences associées à l’affirmation de soi dans une culture encore majoritairement dominée par les valeurs* dites masculines (pour aller plus loin sur ce sujet voir note de bas de page). Ce qui peut également différencier les hommes et les femmes dans ces situations, c’est la manière de répondre au critique intérieur.

Un conditionnement moderne :

Notre éducation nous prédispose à adopter des comportements dictés par notre culture moderne. Ainsi, les petites filles peuvent être plutôt encouragées à être sages et obéissantes, de très bonnes élèves, et à jouer la carte de la sécurité et de l’adaptation à l’autorité. Cette éducation peut ainsi favoriser des comportements de fuite ou d’inhibition, visant à plaire et à faire plaisir. Celles qui osent défier l’autorité et se montrer combatives peuvent être taxées d’agressives. Les petits garçons se voient quant à eux encouragés à ne pas montrer leurs sentiments, à se battre et à s’affirmer, faisant ainsi état d’une « force de caractère ». A l’âge adulte, au travail, notre critique intérieur peut se délecter de ces représentations mentales de nous-mêmes et des autres forgées par notre éducation et notre culture.

Que pouvons-nous faire face à ce critique intérieur ? Attendre d’avoir parfaitement confiance en soi pour oser dire, oser faire, oser s’affirmer ? Malheureusement, il n’y a aucune recette miracle pour devenir 100% confiant en soi.

Alors, comment se réconcilier avec son critique intérieur ?

 

Reconnaître sa voix, l’identifier avec bienveillance, par exemple par une formule du type « tiens voilà mon critique intérieur (vous pouvez lui donner un petit nom) qui vient m’aider »
Me rappeler que ce critique est là pour me garder en sécurité et qu’il déteste les défis
Reprendre le gouvernail en le rassurant et en l’apaisant grâce à une respiration profonde et lente  où je prends le temps de prolonger mon expir.

Certaines fois, il se peut  que cela soit difficile ou que des émotions vous submergent. Acceptez avec douceur ce qui se passe en vous et continuez à respirer en tentant de maintenir un souffle profond et lent. C’est une discipline et, comme toute discipline  elle porte ses fruits si nous la pratiquons avec confiance et assiduité.


Tout en continuant à respirer profondément, sentir ma stabilité et mon enracinement grâce à la sensation du poids de mon corps sur mes 2 pieds bien en contact dans le sol
Retrouver la sensation de ma verticalité, par exemple en imaginant un panier sur ma tête que je maintiens en  équilibre, comme ces femmes africaines enracinées et souples dans leur mouvement, capables de faire face aux obstacles sur leur route en maintenant une posture qui leur permet de ne pas faire tomber leur panier
Porter mon attention dans les 4 directions
Enfin, me reconnecter à ce qui fait sens pour moi, le « pour quoi » en deux mots et qui me fait me sentir aligné(e) avec mes valeurs profondes

Ce rituel de recentrage, en particulier la pratique du souffle, devient plus aisé si vous avez une pratique quotidienne. Il peut vous permettre de (re)découvrir la force des interactions entre notre pensée, notre cœur et notre corps, leurs impacts sur notre vie et nos décisions. Renouveler notre état d’esprit passe par le renouvellement de ces liens internes que nous vivons encore aujourd’hui comme très cloisonnés.

Et vous, quelle est votre expérience de votre critique intérieur ?

« Contactez-nous pour aller plus loin, nous serons heureux de vous présenter nos solutions d’accompagnement, formation et coaching »

 

*NOTE de bas de page :

Définition de « valeurs » : éléments fondamentaux de la vie sociale auxquels les individus attachent de l’importance et qu’ils tiennent en haute estime. Toute société repose à la base sur des valeurs essentielles partagées par une grande partie de la population et que l’on trouve à la source de la grande majorité des comportements. Les valeurs sociales tendent par leur nature même à encourager la conformité aux conventions acceptées. Les valeurs peuvent en outre se décliner en valeurs personnelles, éthiques ou professionnelles. Burke, Mike, et Pierre Sarda. « Chapitre 2. Les origines des valeurs masculines et féminines », , Émergence des valeurs féminines dans l’entreprise. Une révolution en marche, sous la direction de Burke Mike, Sarda Pierre. De Boeck Supérieur, 2007, pp. 19-28.