Quid du courage dans le monde professionnel d’aujourdhui ?

Ecrit par Véronique Boussac

Publié le 05 septembre 2018

Vous êtes-vous déjà senti agacé(e) ou bien avez-vous déjà été déçu(e) par le manque de courage d’une personne dans votre entourage professionnel ?
Au contraire, avez-vous déjà été admiratif(ve) du courage dont a fait preuve une personne ?
Vous-même, vous définireriez-vous comme une personne « courageuse »?

Qu’est-ce que le courage ? Comment le définir ?

« Le courage est une vertu qui permet d’entreprendre des choses difficiles en surmontant la peur et en affrontant le danger, la souffrance, la fatigue ».
Alors, être une personne courageuse, est-ce renoncer à la facilité ? Oser prendre des risques pour soi-même ? Surmonter sa peur, ses craintes pour se positionner afin de faire respecter ses droits, ses valeurs et ceux des autres ?
Laurent Ledoux a publié un article dans Philosophie Magazine concernant le livre « La fin du courage : la reconquête d’une vertu démocratique » écrit par Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste.
Dans son article, il écrit que Cynthia Fleury « constate un malaise général, en particulier dans le monde du travail : de nombreux employés et cadres expérimentent quotidiennement un écart entre ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils estiment être juste moralement. Nous sommes nombreux à fermer les yeux, à nous convaincre que c’est normal ou inévitable dans un système concurrentiel. Nous croyons nous sauver en succombant à ces petites lâchetés quotidiennes. Mais, en fait, il y a un prix à payer et celui-ci est bien plus grand que la simple érosion du courage. En effet, la somme de ces démissions quotidiennes érode avant tout l’image que nous avons de nous-mêmes et de notre capacité d’agir sur le monde. Nous finissons par nous perdre nous-mêmes. »
Il n’existe qu’une seule manière de se protéger : assumer ce en quoi nous croyons et ne pas renier nos valeurs morales.
Inévitablement, vu ce qui précède, Cynthia Fleury convoque chacun de nous à refonder le courage comme vertu démocratique, à en refaire une valeur mimétique : les parents dans l’éducation de leurs enfants, les enseignants à l’école, les médias dans le choix des parcours qu’ils mettent en avant, les hommes politiques dans les valeurs et les pratiques qu’ils défendent. Sans oublier bien-sûr les dirigeants d’entreprises vu leur rôle moteur dans nos sociétés.

Retrouver le ressort du courage dans nos sociétés

Evoquons donc pour terminer trois grandes pratiques au travers desquelles un dirigeant peut contribuer, au travers de son entreprise, à retrouver le ressort du courage dans nos sociétés.
Libérer la parole. Pour que le courage existe dans une entreprise, il faut que les collaborateurs s’y sentent autorisés. Que la parole, même discordante, soit libérée. Concrètement, libérer la parole au sein de l’entreprise peut requérir de pratiquer au moins deux types d’activités complémentaires :
  • Stimuler les conversations « courageuses », c’est-à-dire des conversations où l’on parle vrai, sans recourir à la langue de bois, où l’on se lie à ce que l’on dit, où l’on aide son interlocuteur à mieux se connaître au travers de notre conversation avec lui. Que ce soit au niveau des individus ou du groupe, cela implique pour le leader d’apprendre l’art d’identifier et d’encourager la révélation de conversations aujourd’hui «  tues », c’est-à-dire ces conversations qui « vivent » au sein de l’entreprise sans pourtant être exprimées. Un exemple type de ces « conversations tues » dans bon nombre de grandes entreprises aujourd’hui concerne les disparités grandissantes en termes de rémunération et leurs justifications.
  • Protéger les voix discordantes au sein de l’entreprise ou parmi les parties prenantes de celle-ci. Ces voix peuvent parfois donner l’impression de retarder la bonne marche de l’entreprise mais leur vigueur contribue souvent malgré tout à éviter des écueils, à se remettre régulièrement en question, à stimuler l’imagination et la créativité vraies, dont la gageure est d’inventer le réel sans le fuir, de l’orienter, de lui conférer un sens.
  • Faciliter l’entraînement régulier au courage. Les individus d’aujourd’hui ne sont pas devenus fondamentalement peureux : souvent ils ont simplement perdu l’entraînement au courage. Il s’agit donc pour le leader de créer un environnement où les collaborateurs sont moins enclins à succomber à l’une ou l’autre lâcheté, à en prendre conscience, à les combattre. Sans nul doute, faciliter un tel entraînement peut sembler ralentir à court terme la productivité de l’entreprise. A plus long terme cela permettra cependant d’augmenter la résilience (la capacité pour un individu à faire face à une situation difficile ou génératrice de stress) et la viabilité de l’entreprise ».
Et vous, qu’en pensez-vous ? Je lirai et répondrai à vos commentaires avec plaisir et intérêt !